Voilà le slogan de la dernière publicité de Volvo. S’il y avait une idée similaire dans le cinéma, cela pourrait être ceci : “Parfois, ce que vous ne montrez pas est le plus impactant.” Dans ‘moments”, une jeune fille s’interroge sur le reste de sa vie, avant de commencer son premier jour d’école. Quels amis se fera-t-elle ? Où va-t-elle voyager ? Qui va-t-elle rencontrer ? Ce qui se déroule est  un fantasme dans une fiction : toute une vie en moins de quatre minutes. Ce que l’on y voit est beau, frappant même. Mais finalement, ne n’est qu’un pochoir pour ce que vous ne voyez pas. L’histoire – la vie de la fille – en est l’espace négatif.

Pour obtenir les visuels cinématographiques qui font de cette publicité un film plus long qu’une pub, le réalisateur Gustav Johansson a recruté son collaborateur de longue date et Directeur Photo Chayse Irvin. En ayant “embobiné” le studio de le laisser tourner sur pellicule, Gustav a inventé le mensonge du “Je ne peux pas tourner en numérique en Namibie, il y fait trop chaud.” Chayse a quant a lui ajouté sa signature d’esthétique d’improvisation au projet, donnant à chaque cadre une qualité vécue. “Je suis allergique à l’idée d’une esthétique préconceptualisée” nous dit Chayse. ” Pour moi, la cinématographie est comme la musique. Ce n’est pas cartographié. Quand je suis dans une situation, je veux réagir arbitrairement dans l’instant. Je veux embrouiller le spectateur pour qu’il ne fasse pas de suppositions, ou n’associe pas trop les choses. Je veux qu’ils ressentent mes choix comme une énergie créée dans l’image.”

 

Ne soyez pas dupes pour autant. “Moments” est tout sauf précipité ou improvisé. Tant Gustav que Chayse ont passer beaucoup de temps en planification, recherches pour la préproduction, de création de storyboards et de tests pour établir à la fois le récit et l’apparence du film. Pendant une longue période de pré-production à New York, Chayse est allé chez Panavision. Là, il a réalisé de nombreux tests de lentilles, expérimenté différents processus de “Push/Pull” et a utilisé Da Vinci Résolve pour établir une LUT quotidienne qui sera appliquée à toutes les images. Ce n’est qu’après avoir posé cette base de travail fastidieux que Chayse a pu être libre d’agir, d’improviser, et de créer des moments sur le plateau qui étaient comme il le dit “All jazz”.

L’un de ces moments arrive aux 2/3 du film. C’est une scène assez étrange où la caméra flotte dans un quartier d’affaires, où tout le monde est figé, comme s’il attendait le “Action !” du réalisateur. Ce qui était le cas. “Tous les figurants étaient debout sur leurs marques avant la scène”, dit Chayse. “Gustav et moi l’avons vu sur le moniteur et nous nous disions, ‘Lance les moteurs, lance les moteurs !” Ce qu’ils ont capturé est l’image la plus forte du film : un moment à la fois planifié, et improvisé, surprenant, pourtant inévitable. Une image qui fait allusion à toute une vie. “Il y avait la même énergie que Gustav et moi avions en pré-production. Cette image résume parfaitement le personnage à ce tournant de sa vie, et nous ne l’avions même pas conçue ! C’était totalement improvisé. Totalement poétique.” Un moment d’alchimie dans un film inoubliable.

 

Voici un formidable exemple des films que nous aimons voir et partager. Et aussi humblement que l’on peut, ce que nous rêvons un jour de produire.

En plus de la qualité exceptionnelle des images, notons ici l’usage intelligent de cette musique qui est à nouveau le liant de cette histoire.

Bref un gros coup de cœur pour ce film !

 

 

L’article original provient du blog.musicbed.com